La louve

La louve se sent perdue au coeur de sa propre forêt.
Elle pose une patte humide sur un tapis de feuilles fraîches.
Elle hume l’air boisé d’un poussée de champignons sauvages.
Elle inhale l’air avarié de la charogne qu’elle vient de dépecer.
Elle hurle à la mort, après son voisin de terrier.
La louve se sent seule, au fond d’un bois.

Puis, elle court à en perdre haleine,
Elle cavale au coeur d’une grande plaine
et elle retrouve le soleil qui sèche l’herbe
et inonde la clairière d’un souffle aveuglant,
réchauffant l’atmosphère d’une caresse moite,
et d’une nature aromatique qui craquèle sous les pattes.

La louve se retrouve au coeur de la forêt.

Quand elle retourne dans le bois,
elle redécouvre, à nouveau,
tout ce qu’elle a choisi, en réalité.
Elle retourne dans son terrier,
hume l’odeur fraîche de la nourriture,
et se blottit contre le pelage doux
de son voisin de terrier.

Une femme et un parfum

Au fond du bois, il y a une femme,
qui attend,
sereine,
qu’on lui ouvre la porte.

Elle glisse une jambe, parfumée,
en dehors de sa tanière,
et elle pose un pied,
délicat,
sur un sol de fougères.

Elle pose son propre doigt
sur ses lèvres,
et se retient de mordre
dans une fraise,
qui se tient là,
odorante,
posée,
juste à ses pieds.

Le rouge éclatant du fruit l’appelle autrement,
il lui rappelle,
en elle,
depuis les tréfonds de son âme,
un parfum,
celui d’une femme,
divine,
qui a oublié de se relever,
un matin,
est restée,
toute la journée,
langoureusement,
affalée,
dans des draps de velours,
et a rehaussé de violette,
son chemisier,
pour mieux sentir sa propre présence. 

Elle prend la main de cette femme, en rêve,
et l’invite dans sa tanière.
Toutes deux,
elles élaborent,
une toute dernière note,
celle de la tête.
Que pouvons-nous y mettre ? 

Quand soudain, l’idée arrive, éclatante,
telle un soleil,
une femme,
rayonnante,
sentant la réglisse et la fougère,
mêlant l’odeur des sous-bois à celle,
plus suave,
d’un bonbon tendre,
qui fond dans la bouche, et révèle alors
la force d’un arôme insoupçonné.

Le parfum de cette femme,
mêlant fougère, violette, réglisse et fraise des bois,
n’est pas de ceux que l’on oublie,
il est de ceux qui rappellent,
à chaque instant,
que la vie est une parade,
fantastique,
où l’on peut jouir,
d’un instant,
tout simplement.

Une nouvelle lune

L’oiseau a été endormi par un souffle du vent,
une caresse chaude qui lui a conté un rêve,
celui de renaitre au coeur de ses cendres.
Lorsqu’il sorti son bec de sa tanière,
il a plongé directement, dans un enfer de foudres,
celles de toute une vie à attendre autre chose que lui-même.

Puis, il s’est relevé, le duvet soyeux a recouvert son dos de lumière
et il a dressé l’une de ses ailes dans le vent.
Celui-ci l’a caressé du dos de ses mains,
et lui a permis de voler,
en échange d’un baiser.

Chaque fois que tu voudras renaitre, je serai là,
chaque fois que tu me laisseras faire, je serai à toi,
à chaque instant.
Ne crains pas le souffle du vent,
qui te porte au-delà de toi
et ce sont des poussières des étoiles du ciel,
qui rejailliront depuis tes yeux,
Percevant alors, l’infinie beauté du monde,
éternelle.

Photographie : Three Nails — Workshop de Gatsby

Mon ombre, ma lumière

La danse incertaine des deux femmes qui se nourrissent en mon sein se dessine sans cesse, au creux de mon ombre et de ma lumière.

Lorsque je m’approche de la première, elle se recroqueville sur elle-même, haineuse, colérique, elle me montre du doigt la femme frivole et libertine qui danse à ses côtés, légère comme un mirage.

Ignorant tout de sa consoeur, la lumière virevolte, à en perdre haleine, ne s’occupant de rien d’autre que d’elle-même.

L’ombre occulte le fait que je sais tout d’elle-même, la profondeur qui se niche en elle, la magie de son coeur et le doute qu’elle ose nourrir en moi, me rendant à la vie en mouvement.

La lumière se croit seule au monde, et pourtant, je l’oublie parfois, trop absorbée par son évanescence.

Je les invite à se réunir.
L’une comme l’autre s’y refusent.
L’ombre regarde la lumière d’un oeil mauvais
et la lumière préfère jouer à la grande.

J’incite chacune d’elle à venir en mon coeur.
L’ombre hésite, mais une lueur d’espoir illumine son regard.
La lumière se fait maussade, mais elle ne peut refuser une telle aventure.
Toutes deux se joignent en mon sein, et se donnent la main.

Mes pieds alors se re-déposent sur le sol. Toutes mes pensées laborieuses se réveillent en une créativité joyeuse. Je suis l’ombre, la lumière, un mouvement incessant, semblable à celui d’un peintre sur une toile.

Je me dresse au coeur de moi-même et je resplendis de toutes mes facettes. 
Tantôt maligne, tantôt subtile,
Tantôt divine, tantôt atroce,
Rigolote ou vouée à la camisole,
Parfois maussade, parfois gaie,
Souvent incertaine. 
Mais qu’importe. 

Car au creux de mon sein, voilà qu’une porte s’est ouverte.

Derrière ce corps qui se relève,
et se nourrit à nouveau de la terre,
il existe, un doux secret,
celui d’une lumière éternelle, 
qui navigue sur des flots ombrageux, 
et dresse son chemin, au coeur de mon âme, 
qui s’exprime, enfin, au grand jour.

Qu’importe le chemin, 
Car me voilà femme.


Photographie: Katerina Plotnikova

Là où les cieux rencontrent la mer

J’ai envie d’être là où les cieux rencontrent la mer,
Là où le navire incertain navigue sur une eau lointaine,
Celle de mon propre désir qui me mène là où le vent me porte.

J’ai envie d’être là où tu es quand j’écris ces lignes,
De me laisser bercer par un océan de paroles
Et de jouir au milieu de toutes les fois où tu as dressé mon portrait, en pensée.

J’ai envie de faire un feu de toutes les feuilles du passé,
D’offrir au monde plus grand que moi,
Quelques feuilles de vie, éparpillées sur la terre.

J’ai envie de vivre au milieu de tout ce que j’ai abandonné,
Et tout ce que j’ai appris.

J’ai envie de sentir le parfum de l’eau,
De le saisir en mon âme
Et d’en rejaillir en ton coeur.

Photographie : Agnieszka Lorek

Réalisation

Aujourd’hui, je vous souhaite d’offrir à une rose tout ce que vous avez envie de voir fleurir en vous.

Qu’elle vous offre son arôme et le transporte au coeur de vous-même, là où réside la source de toutes vos peurs.

Qu’elle délivre le lion en cage qui y réside et lui montre la voie ; la réalisation de votre plus grand bonheur.

Illustration : Franz Dvorak – Le parfum de la rose

Poème d’amour conscient

Si le ciel est chargé de nuages, c’est parce que j’ai déposé sur ton coeur, tout ce que je ne voulais pas percevoir de moi-même.

J’ai décrit des vallées, des contrées lointaines, où toi et moi, dévions et pouvions nous retrouver.

J’ai cru aux anges, comme on croit aux miracles, pour être sûre, au fond de mon âme, que jamais, nous ne pourrions nous séparer.

J’ai obéi à des lois, à des présages, à des diktats, pour que jamais, l’on ne puisse me trouver seule, pleurant mes morts, mes mausolées, respirant la poussière, de tout ce que j’avais déjà oublié.

J’ai décrit un ciel étoilé, prévoyant la mort, le futur, et même la vie, pour être certaine que toutefois, tu reviendrais.

J’ai obéis à mon âme, qui me disait de t’oublier, et je me suis retrouvée.

J’ai fondu en moi le fer de ma destinée, et je l’ai renouée, à cheval sur mon destin, comme une femme qui prend sa vie en main.

J’ai obéi à mon coeur, à mon ventre, à mes jambes, et j’ai recraché la poussière, qui m’empêchait de respirer.

J’ai jailli depuis un lieu où l’on ne croit pas aux âmes, mais où on les sent, comme le plus pur des délices.

J’ai rebondi sur la poussière d’étoiles, pour qu’elle retourne dans le ciel où elle est destinée.

J’ai jailli depuis les flammes de mon amour éternel, pour te remettre cette fleur, de ma destinée, cueillie, choisie, chérie, arrosée, par moi-même.

Tiens, je te l’offre, prend-la, elle est tienne.

Je t’aime et cela, cela n’a rien à voir avec une histoire de miracles.

Retour à la terre

Je m’endors à nouveau et me réveille, cette fois, au sein d’un étrange couffin. La terre semble avoir creusé, sous mon corps, un landau, un doux creux chaleureux, au coeur duquel, je me suis laissée bercer, toute la nuit durant.

Je me relève difficilement, mon corps est lourd, très lourd, et ma tête me tourne. Chacun de mes mouvements me fait effort, je ne sais pas comment je vais pouvoir vivre cette journée ensoleillée, alors que, rien qu’à l’idée de me mettre debout je sue de fatigue.

Mon amant me regarde, surpris, m’incite à la danse de la journée. Je n’ai même pas la force de lui répondre, mes mâchoires me semblent si lourdes, et j’ai honte, à l’instant, de ma fatigue, ma mollesse, ma douleur, tout ce qui m’empêche d’agir, de vivre, de me mouvoir en ce monde.

Je retombe sur le sol, épuisée, harassée, et plonge mon regard dans le ciel, dans l’espoir d’y trouver un peu de légèreté. En me laissant aller, je me sens m’enfoncer, tomber davantage, dans la lourdeur de la terre. Le sable boueux crée un étau qui me cloue au sol.

Quasi incapable de bouger, je demeure inanimée, au coeur de la vie qui éclate et se déroule autour de moi. Une mouette chante dans le ciel, des enfants jouent à s’éclabousser, des amoureux marchent le long du rivage, avec une grâce et une aisance, une fluidité du mouvement qui me semble impossible à atteindre, totalement inaccessible pour moi.

Plus j’ai honte de ce que je ressens, plus la terre m’appelle, me berçant, me cajolant, et m’enfermant davantage encore, dans l’étau de l’immobilité.

Je me laisse aller totalement, je n’ai plus le choix en réalité. Je plonge les yeux dans le ciel, sens la terre sous mon corps, et m’abandonne, consciente, à ce que je ressens ; une lourdeur immense, effrayante, et surpuissante, qui m’appelle comme une mère appelle son enfant.

Je bascule en arrière et suis comme happée au centre de la terre. Je me sens soudain incroyablement bien, bercée par une chaleur soutenante, douce, qui s’adapte au millième de degré près à ce qui est nécessaire à mon corps.

L’eau de la terre semble me nourrir à son tour, et réhydrater mon corps, assoiffé par tant de luttes intérieures. J’ai l’impression que ma peau se restaure, retrouve sa souplesse, après tant de conflits vécus et exprimés.

Je m’endors à moitié, dans une transe consciente, savourant la félicité du moment. C’est là que je me restaure véritablement. La terre me livre alors tous ses secrets. Elle me glisse, au creux de l’oreille, son amour pour moi, son désir de prendre soin de moi, son envie de me voir grandir, croitre, évoluer, me mouvoir.

Elle m’indique aussi la voie à suivre, en m’enduisant de boue, de la tête aux pieds. Elle me rassure, je serai là, toujours, près de toi, n’ait crainte de me perdre, et porte cette boue en preuve de notre alliance éternelle.

Je lui explique que ce n’est pas un usage social répandu dans ma culture, de se parer de boue. Elle rie de ma boutade, et me signifie, d’une caresse voluptueuse, que la boue est toutes les traces des contacts que j’aurais avec mes prochains, que l’amour, maternel, amoureux, amical, quand il s’exprime par le toucher, une embrassade ou même un regard, est une offrande à la terre, une certitude que je fais partie de cette terre et qu’il n’y a rien à craindre en ce monde.

Elle me montre à quel point mon mouvement a changé, cette nouvelle lenteur, qui te caractérise, est le pacte de notre alliance éternelle, laisse-la exprimer la puissance de notre lien, je t’aime. Je m’endors sur ces mots, apaisée, et je me réveille fraiche, neuve, restaurée, éternelle à nouveau, prête à vivre une nouvelle journée…

Extrait de “Le secret de l’amour” Conte initiatique, écrit en décembre 2018

Sortir de la cave

Toute seule, comme une grande, j’ai tourné la poignée de la porte, j’ai ouvert les yeux sur ton désastre, celui de ton cœur, de ton corps, de mon amour, perdu…

Il y avait du noir et de la moquette, des serviettes partout, de quoi essuyer, laver, et moi, au milieu, seule, comme une grande… paraît-il…

Alors oui, j’ai tourné la poignée de la porte, j’ai vu ton noir, ton désespoir, et toi tu l’as nié, bien caché, au fond du placard… voilà tout… rien de plus…

Que veux-tu que je te dise de plus… il a suffit de cela, rien de plus, pour faire peur à un enfant, pour lui faire croire qu’il peut tout voir, sans savoir, que tout peut arriver, sans savoir, même l’effondrement d’un roi, même la turbulence d’une reine, tout peut arriver, sans jamais rien savoir…

Mais… oui, j’ai tourné la poignée de la porte, celle de mon cœur dévasté, antenne multi radar, ouverte sur l’infini, de toutes les croisades, de toutes les histoires, captant l’infini, du fond de tes yeux… perdu au cœur de la tourmente, comme une grande, toute seule…

Nous lui dirons plus tard, quand le noir de ses pupilles sera si grand qu’elle ne saura plus voir… nous lui raconterons alors les mausolées, les lieux privés, toutes ces choses que l’on cache, pendant que le temps passe…

Elle allumera sa première cigarette, abusant de son propre corps, comme nous avons abusé de son âme, nous lui dirons plus tard…

Et moi, je suis devant la porte ouverte, toute seule, comme une grande, le trou noir, au dessus de l’escalier m’appelle, m’incite à tomber, dans les bras qui m’attendent en bas, ceux de l’araignée, me liant à tous les fils emmêlés de mon destin.

Accrochée dans sa toile, elle pourra me garder, au fond de sa cale, pendant que des voix résonneront d’en haut, croyant me parler à moi, s’adressant en réalité, à un lointain écho de moi, moi, perdue au fond de la cave, emmêlée dans les fils de la toile de la grande araignée…

Un jour, mes ongles seront assez longs, mes dents assez pointues, pour que je coupe ces fils de la toile, et je sortirai de la cave, ne sachant plus trop qui je suis, les ongles pointus, les dents acérées, utiles pour défaire les toiles…

Un homme m’approchera, et je le grifferai de toutes mes forces, pour me sortir de ses bras, comme l’on se sort d’une toile, je le mordrai, de toutes mes forces, pour le faire disparaître, comme l’on fait sous le corps lourd de l’araignée. Tu te débattras, nous nous battrons, et nous battrons retraite, toi hurlant à la sorcière et moi hurlant au monstre voulant m’enfermer… chacun sa toile bel ami, chacun sa toile…

Mais l’un d’eux enlèvera mon chapeau de sorcière, découvrira ma chevelure d’or, souple, fragile et docile, je tremblerai, faisant bouger les boucles d’un mouvement gracile, qui le rendra amoureux…

L’un d’eux arrachera mes griffes, à genoux devant moi, pleurant de me faire mal, et je l’inonderai de mon sang, de mes mains blanches retrouvées.

L’un d’eux m’embrassera, me regardant dans les yeux, mes dents en tomberont, et je tomberai inerte, d’un sommeil profond… profond… profond… me réveillant un jour, reine de mon destin et de mon royaume…

J’ouvrirai les yeux, mon prince près de moi, cuisinera un drôle de ragout… en tenue de sa peur… me serais-je trompée de songe ? J’enfilerai un jean, je poserai mon mug sur la table de la cuisine, et je rirai, d’un rire sans fin, celui d’une femme qui ne prend pas sa vie pour un conte, celui d’une femme qui y joue, complètement… totalement… Eperdument… de toi…