Mon ombre, ma lumière

La danse incertaine des deux femmes qui se nourrissent en mon sein se dessine sans cesse, au creux de mon ombre et de ma lumière.

Lorsque je m’approche de la première, elle se recroqueville sur elle-même, haineuse, colérique, elle me montre du doigt la femme frivole et libertine qui danse à ses côtés, légère comme un mirage.

Ignorant tout de sa consoeur, la lumière virevolte, à en perdre haleine, ne s’occupant de rien d’autre que d’elle-même.

L’ombre occulte le fait que je sais tout d’elle-même, la profondeur qui se niche en elle, la magie de son coeur et le doute qu’elle ose nourrir en moi, me rendant à la vie en mouvement.

La lumière se croit seule au monde, et pourtant, je l’oublie parfois, trop absorbée par son évanescence.

Je les invite à se réunir.
L’une comme l’autre s’y refusent.
L’ombre regarde la lumière d’un oeil mauvais
et la lumière préfère jouer à la grande.

J’incite chacune d’elle à venir en mon coeur.
L’ombre hésite, mais une lueur d’espoir illumine son regard.
La lumière se fait maussade, mais elle ne peut refuser une telle aventure.
Toutes deux se joignent en mon sein, et se donnent la main.

Mes pieds alors se re-déposent sur le sol. Toutes mes pensées laborieuses se réveillent en une créativité joyeuse. Je suis l’ombre, la lumière, un mouvement incessant, semblable à celui d’un peintre sur une toile.

Je me dresse au coeur de moi-même et je resplendis de toutes mes facettes. 
Tantôt maligne, tantôt subtile,
Tantôt divine, tantôt atroce,
Rigolote ou vouée à la camisole,
Parfois maussade, parfois gaie,
Souvent incertaine. 
Mais qu’importe. 

Car au creux de mon sein, voilà qu’une porte s’est ouverte.

Derrière ce corps qui se relève,
et se nourrit à nouveau de la terre,
il existe, un doux secret,
celui d’une lumière éternelle, 
qui navigue sur des flots ombrageux, 
et dresse son chemin, au coeur de mon âme, 
qui s’exprime, enfin, au grand jour.

Qu’importe le chemin, 
Car me voilà femme.


Photographie: Katerina Plotnikova